Les tortues ont beaucoup à apprendre

Les tortues sont connues pour leur sagesse, mais surtout pour leur lenteur. Et pourtant, aussi lentes qu’elles puissent paraître, elles arrivent toujours à destination. Poussées par la volonté. Et la tortue est le symbole, ainsi que le personnage principal, de ce beau conte respectueux de la terre qui nous vient tout droit de l’Inde, plus précisément de la plage de Versova, juste en face de l’Océan.

Grâce à la volonté de Shah Afroz, un avocat de Mumbai qui a le cœur à la cause environnementale et à la mer, les tortues ont enfin pu faire leur retour sur ce même rivage après plus de 20 ans d’exil. Jusqu’en 2015, la plage de Versova figurait parmi les plus polluées de toute la planète. On estime que le poids cumulé des déchets plastiques, toxiques et généralement en décomposition qui jonchent ses quelque 2,5 kilomètres de sable atteignait environ 5000 tonnes. Une véritable friche inhumaine.

Alors, fatigué d’assister impuissant à un spectacle aussi désolant, Shah Afroz s’est un jour retroussé les manches et a décidé de tout nettoyer.

 

Changer le monde à mains nues

Les premiers mois ont été les plus difficiles pour le jeune avocat qui a choisi de protéger l’environnement en dehors du tribunal, à mains nues. Son seul allié était une paire de gants avec laquelle, petit à petit, il a commencé à démanteler l’interminable monticule d’ordures. Personne, au début de son difficile parcours, n’était prêt à accepter une invitation à collaborer à ce qu’il appelle « un rendez-vous avec l’océan ».

Pourtant, les efforts de Shah n’ont jamais faibli. Contre le soleil, la chaleur, l’air irrespirable, contre un système qui ne le voit même pas. Il ne fait que suivre sa volonté, comme une tortue. C’est alors que se produit le premier petit miracle : un groupe de pêcheurs le remarque, et soudain, l’avocat n’est plus seul.

Depuis ce jour, une petite armée de bénévoles commence progressivement à se rassembler autour de l’infatigable Indien. Et en l’espace d’un an seulement, les résultats sont si remarquables que même l’ONU s’en aperçoit et lui confère le titre de Champion de la Terre pour 2016.

Le fait est que notre jeune héros ne recherche ni les titres ni les honneurs. La route pour nettoyer ce dépotoir de l’égoïsme humain est encore longue. Et donc, jour après jour, avec l’aide de nombreuses mains, le travail continue. Jusqu’à ce qu’un véritable miracle se produise.

Après 127 semaines de travail, soudain, un beau matin, les tortues réapparaissent. Shah a les larmes aux yeux. Comme David, il a vaincu Goliath ; sa joie se déverse dans un tweet :

Je savais que quelque chose d’important allait se produire. J’avais les larmes aux yeux quand je les ai vus marcher vers l’océan

 

La conscience de toutes les tortues du monde

L’histoire de Shah n’est pas seulement pertinente pour les tortues, ni pour la mer, dont le souffle peut à nouveau embellir ces rivages. Non, cette histoire est principalement axée sur la volonté. La volonté montre la quantité de puissance potentielle qui sommeille en chaque être humain. Cependant, ce pouvoir n’est pas toujours disponible : il doit être réveillé, si l’on veut vraiment atteindre un but. Et pour la réveiller, une méthode est nécessaire.

La méthode est la voie de la volonté. Le travail du jeune avocat est une manifestation claire du couple magique, volonté/méthode. Un chemin fait de petits pas, évoluant dans le temps et esquissant une croissance objective, représentée ici par une montagne de déchets qui descend pourtant un peu chaque jour, jusqu’à disparaître. Facile ? Absolument pas. Possible ? Oui. Cela symbolise tout type de méthode. Pas le but, mais le voyage pour y arriver. Peut-être même lentement, petit pas après petit pas, comme une tortue.

 


Photo par Andres Abogabir sur Unsplash